Le marché international du cacao se développe rapidement mais va-t-il bénéficier aux exploitants ?
Bien que le commerce du cacao soit lucratif et que ceux qui contrôlent la chaîne de valeur bénéficient de marges faramineuses, la plupart des exploitants vivent dans la pauvreté. Et il semble impossible de restituer une part plus équitable des profits à la chaîne d’approvisionnement, pour celles et ceux qui en dépendent le plus.
Croissance fulgurante du cacao
Entre 2020 et 2025, les prévisions estiment que la demande mondiale de cacao va augmenter de 20 %, et que la croissance en valeur de marché passerait de 47 milliards USD en 2021 à 68,2 milliards USD en 2030. Peu de produits agricoles sont en mesure de concurrencer de tels taux de croissance.
Heureusement, la croissance du cacao déborde sur les marchés durables, poussés par une prise de conscience accrue des consommateurs et consommatrices et l’entrée en vigueur de nouvelles mesures règlementaires comme le règlement de l’UE sur la déforestation (RDUE).
L’Afrique de l’Ouest, une des régions les plus pauvres, produit plus de 70 % du cacao mondial, ce qui pourrait sembler une bonne nouvelle. Pour les commerçants mais surtout pour les millions de petits exploitants et leur famille qui, pour la plupart, n’ont pas les moyens de s’offrir une barre chocolatée.
Mais la réalité est tout autre. Malgré sa croissance massive, la part de marché octroyée aux petits exploitants ne dépasse toujours pas les 6 % de la valeur du produit final, c’est-à-dire quelques dollars par jour au mieux.
Contrôle de la chaîne de valeur
Fair Trade, Rainforest Alliance et d’autres initiatives ont bien du mal à introduire des mécanismes pour instaurer un prix juste. Elles réussiront peut-être à garnir un peu les poches des agriculteurs mais pas à obtenir d’améliorations structurelles.
Peu de biens incarnent de manière aussi emblématique les écueils de la mondialisation que le cacao. Pauvreté structurelle, travail des enfants, déforestation et marché monopolistique, avec une poignée d’acheteurs qui contrôle 90 % de la chaîne d’approvisionnement reliant le petit exploitant ouest-africain à la bourse de Chicago puis finalement aux consommateurs.
Bien que le commerce du cacao soit lucratif et que ceux qui contrôlent la chaîne de valeur bénéficient de marges faramineuses, la plupart des exploitants vivent dans la pauvreté. Et il semble impossible de restituer une part plus équitable des profits à la chaîne d’approvisionnement pour celles et ceux qui en dépendent le plus.
Différentiel de revenu vital
En 2019, lors de la dernière tentative de faire bouger les choses auprès des acheteurs internationaux, le Ghana et la Côte d'Ivoire ont présenté le Différentiel de revenu vital (Living Income Differential, LID), qui affecte aux exploitants une prime de 400 USD par tonne de cacao.
Alors que les petits exploitants n’ont quasiment pas accès aux marchés et sont particulièrement affectés par ses fluctuations, les multinationales qui dominent la chaîne de valeur ont la capacité de faire des réserves de cacao, couvrir des placements et mettre la pression sur les pays producteurs.

Il n’est donc pas surprenant que le LID ne fonctionne pas (Oxfam). Les négociants internationaux ont apparemment réussi à compenser ces majorations en réduisant les primes précédentes payées pour le cacao de qualité supérieure et donc à transformer une majoration en remise.
Primes fixes et règlementation
Depuis dix ans, Preferred by Nature travaille dans le secteur du cacao et soutient différents acteurs sur l’ensemble de sa chaîne d’approvisionnement. Nous privilégions une démarche holistique qui couvre tous les aspects du développement durable, de l’environnement aux questions sociales. La majoration qui pourrait ou non leur être octroyée est bien un sujet qui préoccupe les petits exploitants. Au bout du compte, seul un prix juste pourra les aider à mettre du pain sur la table.
Chez Preferred by Nature, nous pensons que la seule solution en mesure de débloquer la situation est d’introduire une prime fixe dans les chaînes de valeur et un mécanisme qui garantisse qu’elle parviendra à l’exploitant. C’est à cette seule condition que le travail des enfants et la déforestation liée aux plantations de cacao en Afrique de l’Ouest deviendront de l’histoire ancienne.